Une machine pour valoriser l’herbe des bords de route (1/2 )

Analyse
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[Série d’articles ValBiom] L’herbe des bords de route : enjeux

Les enjeux de la bioéconomie et de l’économie circulaire se rejoignent lorsqu’il s’agit d’une matière du vivant qui constitue un déchet pour l’un (la bioéconomie) mais une matière première pour l’autre (l’économie circulaire).

En effet, rien ne se perd, tout se transforme ! Telle est la nouvelle devise et le nouveau défi des gestionnaires d’autoroutes et des parcs d’activité lors de leurs entretiens. Au sujet du statut et de la notion de "déchet", lire l'article : Les arrêtés Sortie du Statut de Déchet et Sous-Produits : adoptés ! - ValBiom, 20.11.2019

Parlons d'innovations !

Les innovations présentées dans le ValBioMag sont sélectionnées par les ingénieurs ValBiom pour leurs caractéristiques novatrices et pour les solutions qu’elles apportent à des problèmes ne pouvant être résolus auparavant. Cette description de nouveaux produits ou concepts novateurs fait partie de la mission de veille technologique de ValBiom.

Depuis 10 ans, l’équipementier NOREMAT[1] travaille au développement d’une machine d’entretien qui récolte l’herbe des accotements routiers. Son véhicule automoteur[2] de fauchage a été équipé d’un système aspirant qui convoie la matière jusqu’à l’intérieur d’une benne tractée.

Quelle filière et pour quel gisement ?

La filière de valorisation ciblée par le constructeur est la biométhanisation. Notons que l’herbe peut-être également conditionnée pour entrer dans la fabrication d’isolants (A lire : Une usine de panneaux isolants à base d’herbe en Wallonie. Portrait de la société Gramitherm – ValBiom, 10.04.2019).

D’après le constructeur, on récolte en moyenne 1 tonne d’herbe fraîche par kilomètre d’accotement routier si l’on procède à deux fauchages annuels. Sur base de ces données approximatives, il est relativement aisé de déduire un gisement théorique.

Existe-t-il un risque de pollution de l’herbe par le trafic routier ?

Les résultats obtenus ne permettent pas de mettre en évidence un potentiel effet du trafic sur le niveau de contamination des herbes de bords de route, tant en métaux qu’en HAP. C’est la conclusion des premières analyses réalisées par l’association AILE[3] et ses partenaires pour le projet CARMEN. L’herbe a été récoltée sur différents types de voiries (de 4.000 à 100.000 véhicules par jour). La matière est toujours conforme aux valeurs seuils de la norme française NFU44-051[4].

Une question légitime est celle de la présence de corps étrangers (déchets divers, corps inertes) susceptibles d’endommager les équipements de valorisation, comme les vis d’admissions, les pompes de transferts ou agitateurs des unités de biométhanisation. Il s’agit probablement du principal frein technique à la valorisation de l’herbe des bords de route en biométhanisation.

Est-ce autoportant financièrement ?

Rappelons que le fauchage des bords de route est une opération qui vise en première intention à garantir la sécurité routière et qu’elle est coûteuse.

La récolte de l’herbe permet-elle d’en réduire le coût ?

Le volume de chargement permet de récolter 5 à 7 tonnes d’herbe fraiche. Des chantiers pilotes ont été réalisés en France, dans le département de la Mayenne. Cette herbe y est vendue aux unités de biométhanisation locale à 68 € par chargement livré, soit une dizaine d’euros par tonne de matière fraiche. A ce prix de vente et au vu des ajustements logistiques nécessaires, il est peu probable que l’opération permette une diminution du coût de prestation de fauchage. L’équipementier précise cependant que l’exportation de l’herbe permet de diminuer les frais de curages des réseaux hydrauliques. Mais, selon ValBiom, l’analyse ne devrait pas se limiter au volet économique direct pour intégrer les externalités positives de cette filière potentielle :

  • plus-value pour la biodiversité,
  • mobilisation d’une biomasse « marginale » sans conflit d’usage,
  • transfert de fertilité vers les terres agricoles au travers de la valorisation des digestats,
  • contribution à l’emploi rural.

Des atouts pour la biodiversité

« La repousse et la densité sont plus faibles, » explique Betrand Jarri, chargé de mission au Département de la Mayenne qui réalise les essais pilotes en partenariat avec l’équipementier. « Le fauchage avec export a tendance à ouvrir le tapis végétal, avec la présence de davantage de fleurs, en plus grande variété, et plus d’insectes pollinisateurs. »

Il est par ailleurs possible de procéder à des fauchages tardifs, tel que recommandé par la Wallonie. Le fauchage tardif a l’intérêt de permettre la floraison et la fructification, intéressants pour les pollinisateurs ou la faune granivore. La hauteur du couvert augmentera sa fonction de refuge.

Le potentiel méthanogène de l’herbe « mature » en sera un peu diminué et il faudra, d’autant plus, garantir la finesse de la matière pour favoriser le bon fonctionnement du digesteur.

Un parallèle avec le bois de bord d'autoroute

En Wallonie, ce bois est très largement valorisé lors des entretiens. Dès lors, pourquoi ne pas imaginer – dans le futur – de valoriser également la ressource herbeuse pour contribuer à la transition de notre Région ?

A suivre : des portraits d’initiatives et de projets illustratifs de cette thématique « L’herbe des bords de route : matière première ou déchet ».

Sources :

[1] Constructeur français de matériels d'entretien des accotements routiers des espaces verts, entretien du paysage.

[2] « Auto » « moteur » : qui se déplace à l'aide d'un moteur. Il s’agit d’une catégorie de machine différente des outils traditionnels de fauchages tractés.

[3] AILE (Initiatives Energie Environnement) : Agence locale de l’énergie, créée dans le cadre du programme SAVE par l’ADEME Bretagne et les CUMA de l’Ouest.

[4] NF U 44-051 : norme d'application réglementaire qui régit les critères d'admission des matières végétales dans le compost et les analyses à conduire sur le produit fini.

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