Transformer ses chutes en charbon de bois, l'exemple d'une valorisation aboutie

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L’entreprise Tcharbon (ITS Wood) commercialise depuis peu le seul charbon de bois produit en Belgique. Mais d’où provient le bois utilisé pour le produire ?

L'unité de production du "Tcharbon"

C’est sur le site du zoning du Rouvrou de Bertrix que la société ITS Wood a installé l’unité de production du Tcharbon. Historiquement, ITS Wood était une société de négoce de bois. L’entreprise s’est ensuite diversifiée vers des activités d’exploitants forestiers, lesquels achètent les bois sur pieds en forêt, se chargent de l’abattage et du transport des grumes vers leurs clients telles les scieries ou usines de pâtes et panneaux.

Afin de pouvoir répondre aux demandes de lots de bois aux caractéristiques précises, l’entreprise spécialisée en feuillus a mis en place en Wallonie trois plateformes de tri qualitatif des bois. C’est sur ces plateformes que les bois sont répartis en différences classes selon l’essence, la longueur, la circonférence et autres critères de qualité des grumes.

Les nouveaux lots ainsi formés sont dirigés par les clients de l’entreprise, qui comprennent des scieries wallonnes et étrangères, des usines de panneaux ou de pâte à papier, ou encore de l’export.

Du négoce de bois au bois-énergie

Il y a quelques années, l’entreprise rachetait le producteur de plaquettes forestières Combubois et dotait sa filiale bois-énergie d’une capacité de production de plaquettes séchées et criblées, en plus de l’activité de plaquettes fraîches déjà en place. L’ancien site de production de Combubois sera d’ailleurs transféré dans les prochains mois sur le nouveau site de Bertrix.

L’histoire du bois-énergie ne s’arrête pas là...

Genèse du Tcharbon

La plateforme de tri de Bertrix est approvisionnée dans un rayon d’environ 75 km. Si la crise des scolytes a amené du résineux sur la plateforme, l’activité principale reste néanmoins le feuillu (30-40.000 m³/an). Or, le tri qualitatif implique de se conformer aux demandes de l’industrie et entraîne de facto la production de connexes. À titre d’exemple, la demande actuelle porte sur des bois de minimum 2 mètres de long, faisant automatiquement basculer les plus petits en connexes.

Ces connexes peuvent être valorisés en plaquettes ou bois-bûches. L’entreprise traite une grande majorité du chêne, et génère par le tri des quantités conséquentes de purges de chêne. Or, ce bois est peu prisé par les vendeurs de bois-bûches qui recherchent plutôt du hêtre, frêne ou charme.

C’est en investiguant la piste d’une meilleure valorisation de ces chutes de chêne que l’entreprise est arrivée à un constat : bien que la Belgique consomme environ 35.000 t/an de charbon de bois, il n’existe plus aucun producteur belge, si ce n’est des entreprises qui mettent en sacs du charbon de bois importé. La question de l’origine de ce charbon de bois (Amérique latine, Afrique, Europe de l’Est), souvent peu connue du consommateur, se combinait avec la qualité parfois discutable du charbon de bois disponible dans le commerce. C’est ainsi qu’a germé l’idée de transformer ces chutes de chêne et d’autres essences telles que le hêtre et de développer l’unique unité belge de production de charbon de bois. Cette idée a été concrétisée par un investissement de 2 millions d’euros.

Comment faire du Tcharbon ?

Les purges et chutes de chêne et hêtre sont d’abord fendues en bûches, afin de contrôler la taille des morceaux de bois et donc le processus de transformation en charbon de bois.

En attendant le déménagement du séchoir biomasse sur Bertrix, l’entreprise s’est associée à une autre entreprise de la région pour utiliser leur séchoir. L’humidité des bûches est descendue jusqu’aux environs de 15 % avant que celles-ci ne soient introduites dans le four à charbon de bois. Ce four (en réalité une unité composée de quatre fours) fonctionne en batch : un lot de bûches sèches est introduit dans le four, la température est élevée jusqu’à 400-500 °C et la « cuisson » s’effectue en 6 à 8 h. Le phénomène de carbonisation est en fait un phénomène de pyrolyse effectué en l’absence d’oxygène, transformant alors le bois en charbon de bois. En sortie de four et une fois refroidi, le charbon de bois est criblé afin de séparer les fractions fines et de ne conserver que les gros calibres, lesquels sont directement ensachés. Au total, c’est l’équivalent de 5 à 6 tonnes de bois vert qui sont nécessaires pour produire 1 tonne de Tcharbon.

Pour commercialiser son charbon de bois, l’entreprise s’appuie sur un réseau actuel de 65 points de vente. Le volume commercialisé jusqu’à aujourd’hui représente environ 100 tonnes, et l’objectif est une production qualitative maîtrisée atteignant entre 1.000 et 2.000 t/an d’ici trois ans, passant de l’activité de 3 équivalents temps-plein à 8 ETP.

Si le charbon de bois produit actuellement est un mélange de chêne et de hêtre, l’entreprise ambitionne aussi de pouvoir - par la suite - proposer du charbon 100 % chêne ou hêtre. Et les autres projets à l’étude ne manquent pas :

  • valorisation des fines de criblage de charbon en amendement de sol,
  • commercialisation de bois-bûches séchés en séchoir jusqu’à une humidité de 15 – 18%,
  • etc.

Une valorisation optimale

Avec sa production de charbon de bois, l’entreprise ITS Wood peut désormais valoriser les chutes et purges issues du tri qualitatif des bois de sa plateforme de Bertrix en un produit unique en Wallonie, issu de ressources bois locales et en totale complémentarité avec les usages nobles des meilleures parties des bois de feuillus.

Plus d'informations sur le site du producteur : https://www.tcharbon.be/

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