Montréal : Un banc d’essai en phytoremédiation

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Photo ©IRBV

L’exploration de solutions vertes aux problèmes des sols contaminés : c’est là tout l’intérêt d’un projet de phytoremédiation sur friches industrielles localisées, mené dans l’est de la Ville de Montréal. Un projet exemplaire qui s’inscrit dans une logique de développement durable et d’économie circulaire.

Cet article se base sur l’apport de Michel Labrecque (professeur à l’Université de Montréal et chercheur à l’Institut de recherche en biologie végétale - IRBV) et de Cédric Frenette-Dussault (chercheur à l’IRBV).

Montréal : un terrain idéal pour la phytoremédiation

Le territoire de Montréal, métropole de la province de Québec (Canada) est parsemé de terrains contaminés en raison des activités industrielles passées.

En 2016, la ville de Montréal a confié au professeur Michel Labrecque le mandat de conduire un projet de phytoremédiation sur des friches industrielles localisées dans l’est de la ville.

S’inscrivant dans une logique de développement durable et d’économie circulaire, le projet devait porter une attention particulière au potentiel de production de biomasse.  Le secteur est de la ville étant caractérisé par la concentration d’activités industrielles de pétrochimie, il semblait tout à fait pertinent de profiter de cette initiative pour mieux positionner la métropole dans le développement de la chimie verte. Ceci, en valorisant la biomasse produite sur ces sites contaminés. 

Objectifs principaux du projet :

  • identifier les variétés de végétaux les mieux adaptés et les plus performants pour la phytoremédiation des sols visés ;
  • mettre au point des scénarios de préparation des sols et de mise en culture ;
  • mesurer les rendements en biomasse des végétaux utilisés ;
  • suivre les changements en concentrations des contaminants dans le sol ;
  • gérer la biomasse produite ;
  • intégrer les interventions dans le paysage ;
  • s’assurer de l’acceptabilité sociale et du lien avec les citoyens et les élus ;
  • estimer le risque pour la santé publique.

Le projet implique la mise en place de 4 hectares de terrains contaminés (un par année pour les saisons 2016, 2017, 2018 et 2019). Au moment d’écrire ces lignes, 3 hectares ont été plantés et font l’objet d’un suivi scientifique.

Plusieurs cultivars et plusieurs espèces testées

Sur ce banc d’essai, l’équipe de recherche explore diverses approches pour établir la végétation sur ces « technosols » caractérisés par un haut niveau de compaction, un mauvais drainage et un faible pourcentage de matière organique. Plusieurs cultivars de saules et de peupliers ainsi que plusieurs espèces d’herbacées sont testées.  Des modes d’implantation utilisant des boutures de diverses tailles, des amendements en matière organique de même que des inoculums mycorhiziens, font partie des pistes explorées.

L’intégration de considérations paysagères dans le projet

Même si le projet se déroule dans une zone fortement industrialisée, des secteurs résidentiels sont présents autour des sites visés par le banc d’essai.  Cela a donc encouragé l’équipe de recherche à intégrer des considérations paysagères aux diverses interventions de mise en place de végétaux. L’équipe s’est donc associée à une architecte paysagiste pour qu’elle aide à concevoir des dispositifs qui puissent à la fois intégrer les besoins scientifiques, statistiques et des résidents du quartier (aspect visuel considéré).

Impliquer les élus de l’arrondissement dans le processus

Depuis l’amorce du projet, des rencontres régulières ont lieu avec les élus de l’arrondissement concerné de même qu’avec les résidents du quartier. Ces rencontres permettent d’informer les participants quant aux étapes à venir, de répondre à leurs questions et de leur fournir un résumé des résultats.

Performances et résultats du projet

Actuellement, il est encore tôt pour juger des performances des différentes approches testées. Cependant, il apparait assez clair que l’usage de microboutures de saule pour diminuer les efforts de plantations et maximiser la densité de plants par unité de surface soit efficace. Cette approche permet d’obtenir rapidement un couvert végétal dense qui garantit aussi une forte densité racinaire essentielle à la phytoremédiation.

Le groupe de recherche cherche également à quantifier la valeur économique des bénéfices écologiques de la phytoremédiation : fixation du carbone atmosphérique, biodiversité accrue et diminution des îlots de chaleur.

Au terme du projet, l’équipe pourra sans doute fournir un bon nombre de résultats pertinents pour mieux juger de l’efficacité de ces méthodes et de leur application à l’échelle opérationnelle.

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