Le robinier, un choix pertinent en production de biomasse ?

Analyse
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Un texte co-écrit avec Nicolas Dassonvile, responsable du projet Forêt Pro Bos, du soutien au reboisement et des arboretums, chez la Société Royale Forestière de Belgique (SRFB), membre du réseau ValBiom.

Canicule, maladies, effondrement de la biodiversité, gestion durable du sol... La production durable de biomasse doit intégrer de multiples facteurs pour répondre aux besoins actuels et futurs tout en limitant les impacts négatifs sur les ressources, l’environnement et les phénomènes de régulation du système Terre. Dans cette réflexion, le choix de l’espèce végétale est une question primordiale dont la réponse n’est pas toujours simple. Illustration avec le robinier !

Favoriser des modèles durables de production et d’utilisation de biomasse

L’une des missions de ValBiom est de favoriser des modèles durables de production et d’utilisation de biomasse. Il est, en effet, crucial d’intégrer les enjeux actuels et de faire face aux changements globaux que sont les changements climatiques, l’usage des terres, la qualité de l’eau et du sol ainsi que la préservation de la biodiversité. Il est également important de pouvoir répondre aux besoins grandissants de la société, elle-même soucieuse d’utiliser des produits et services plus respectueux de l’environnement.

Ces différents enjeux n’orientent pas forcément les choix de la même manière. C’est le cas en matière de biodiversité où l’ouverture du milieu peut être favorable à certaines espèces, alors que la plantation d’arbres en favorisera d’autres. Le challenge étant, bien sûr, de maximiser les impacts positifs.

Etudier de nouvelles alternatives : une nécessité dans un contexte de changement climatique

L’importance du choix des espèces végétales

Dans ce contexte, ValBiom (au sein du pôle « production de biomasse ») est amené à s’informer sur les espèces végétales couramment utilisées et émergeantes, d’une part, pour mener au mieux ses propres projets appliqués et, d’autre part, pour conseiller au mieux les porteurs de projet.

Mais ValBiom n’est pas le seul concerné par cette réflexion… Le secteur forestier doit faire face aux périodes de sécheresse toujours plus intenses et plus longues, aux hivers doux ou aux attaques de multiples parasites. Dans ce contexte, de nombreux organismes tels que l’Office National des Forêts (ONF) en France ou la Société Royale Forestière de Belgique étudient et testent des essences alternatives pour diversifier nos forêts en vue de leur adaptation aux changements climatiques. ValBiom s’inspire notamment de leurs études et de leur savoir-faire.

A la découverte du robinier faux-acacia

Le robinier faux-acacia (Robinia pseudoacacia L.), originaire des Etats-Unis, est aujourd’hui répandu partout en Europe en basse altitude. Il s’agit de l'essence feuillue la plus couramment plantée dans le monde après l’eucalyptus et les peupliers. Citons :

  • En première position, la Hongrie, qui compte plus de 400.000 hectares de plantations, positionnant ce pays comme leader dans l’approvisionnement de cette essence.
  • En France, la région Rhône-Alpes en recense près de 20.000 hectares.
  • En Wallonie, le robinier est présent dans les peuplements mélangés et couvre une superficie de 2.000 hectares (ce qui correspond à 0.7 % de la surface feuillue en Wallonie).

Au regard des exigences écologiques du robinier, les régions au nord du sillon Sambre et Meuse, le Condroz et la Lorraine belge semblent les coins les mieux adaptés en termes de climat et de sol, contrairement à l’Ardenne, trop froide, et la Famenne, présentant des sols trop lourds.

Ses caractéristiques, ses exigences stationnelles et précautions sanitaires

Cette essence est intéressante lorsqu’il s’agit de végétaliser un site marginal, et ce pour plusieurs raisons :

  1. Il s’agit d’une essence héliophile à croissance rapide. Le robinier peut atteindre 20 à 40 mètres de haut et plus de 60 centimètres de diamètre (ndlr : les valeurs de 60 cm de diamètre et 40 m de haut sont exceptionnelles). Sa productivité varie entre 8 et 14 mètres cube par hectare et par an, ce qui est remarquable pour un feuillu.
  2. Il croit sur une large gamme de sols mais affectionne plutôt les sols aux pH compris entre 4.5 et 7.0 et tolère les sols gréseux, schisteux et calcaires. Il ne supporte toutefois pas l’engorgement et nécessite un sol bien drainé. Il peut même supporter des sols très drainants comme les sols sableux.
  3. Il appartient à la famille des légumineuses fixatrices d’azote de l’air (un atout sur sol carencé) et à grande capacité de stockage de CO2.
  4. Sur stations adaptées, c’est un arbre qui tolère des périodes de sécheresse estivale.
  5. Sa floraison attire les pollinisateurs, favorables au développement et au maintien de la biodiversité du site. Cette espèce est donc appréciée par les apiculteurs pour ses propriétés mellifères (miel d’acacia).
  6. Le robinier génère une fane à décomposition rapide, permettant une réhabilitation des sols perturbés en rétablissant rapidement leur équilibre chimique et leur structure.
  7. Cette espèce joue un rôle dans la prévention de l’érosion des sols. Son enracinement est d’abord pivotant, ensuite latéral et longuement traçant.
  8. Son bois est dense, naturellement durable (bois de classe de durabilité 1, apte pour un emploi en classe 4) et esthétique. Il est une excellente alternative au Teck, par exemple, pour le mobilier d’extérieur. Son bois est valorisable dans différents débouchés (piquets, meubles d’extérieur, bardage…). Parmi les arguments, peu mis en avant, en faveur du robinier : il constitue une alternative à l’exploitation et l’importation des bois tropicaux car son bois présente les mêmes fonctions. Cette alternative offre donc un impact positif sur la biodiversité et le réchauffement climatique global.

Néanmoins, il est sensible à la compacité, au manque d’aération du sol et à l’excès d’eau. On évitera donc de le planter sur des sols mal drainés, compacts ou trop argileux. Les sols peu profonds et trop secs sont également à éviter. Aussi, vu que le robinier s’aoûte tardivement, il est très sensible aux gelées précoces (mortalité du bourgeon terminal), obligeant, dans l’optique d’une utilisation en bois d’œuvre, à effectuer des tailles de formation les premières années pour éviter les fourches.

Un suivi rigoureux pour une production de grume de qualité

De par sa forte croissance, son caractère héliotrope et sa sensibilité aux gelées précoces, le robinier doit être suivi régulièrement. Il s’agira de dégager les plants la première année pour diminuer la pression des adventices et d’opérer des tailles de formation précoces pour assurer la rectitude des tiges notamment pour supprimer les fourches qui apparaissent après la destruction du bourgeon terminal par les gels précoces.

La croissance des arbres traduit la fertilité du terrain. En général, un taillis de 10 ans doit atteindre en principe plus de 10 mètres. Des arbres plus courts traduisent un potentiel insuffisant pour produire des grumes valorisables en sciage. Dans ce dernier cas, on favorisera la gestion en taillis et une production de piquets.

Le robinier présente peu de problèmes sanitaires. Toutefois, avec l’âge, apparaissent souvent des pourritures de pied qui peuvent obliger à purger la grume. Ces pourritures sont notamment causées par les blessures au tronc ou aux racines. On veillera donc à ne pas blesser les arbres désignés comme arbres d’avenir.

Une forte densité de plantation permet d’obtenir des bois droits. En pleine lumière, cette essence a tendance à « partir dans tous les sens ». On peut donc planter très serré (1.5 x 2 mètres, par exemple) pour assurer la rectitude et l’élagage naturel, ou planter plus lâche (2 x 3 mètres par exemple ou plus) mais alors on devra suivre en taille de formation et élagage de manière vigoureuse et régulière.

Une alternative, pas évidente psychologiquement mais qui fonctionne, constitue à planter à faible densité et de broyer la plantation après 2 ans. Les arbres drageonnent alors abondamment et on obtient un peuplement beaucoup plus dense à moindre frais. Pour une production de bois d’œuvre, une fois la hauteur d’élagage de 6 à 7 mètres (arbres de 12 à 15 mètres de haut vers 8 à 12 ans), on désigne au maximum 150 tiges par hectare (tous les 8 mètres environ) et on procède à des détourages successifs.

Le robinier jugé comme envahissant

Le robinier fait débat, depuis longtemps. Il a donc été l’objet de différentes études de terrain dont les résultats sont aujourd’hui exploitables.

Espèce héliophile (grand besoin de lumière), elle est intolérante à l’ombre et rejette et drageonne vigoureusement en pleine lumière, grâce à ses longues racines traçantes. Cette faculté du robinier à se multiplier par voie végétative l’amène fréquemment à être classé comme espèce invasive.

Il s’agit donc d’un constat qui divise le secteur forestier et le secteur environnemental.

Malgré tout, en 2015, un consensus[1] a été établi pour les milieux forestiers suite à la prise en compte de cette capacité de drageonner dans certaines conditions de culture. Dans le secteur de la biomasse, ce consensus pourrait être transposable en tenant compte également de cette particularité.

Il s’agit avant tout de considérer la notion même d’espèce invasive. Il existe différentes définitions d’espèce invasive. Néanmoins, elles considèrent communément trois critères caractérisant les phénomènes d’invasion biologique :

  1. L’introduction (arrivée de l’espèce dans une nouvelle aire).
  2. L’établissement (acclimatation, naturalisation pérenne dans le temps).
  3. L’expansion (progression spatiale).

L’étude de la dynamique des populations de robinier en Nord-Pas-de-Calais (Picardie) intègre à ces critères la mesure de deux facteurs :  

  1. La stratégie de multiplication (abondance de drageons).
  2. La progression dans l’espace et dans le temps.

Les résultats démontrent que le robinier n’est pas invasif en situation intra-forestière. Si de nombreux drageons sont observés ainsi que des rejets de souches, cela signifie que le robinier est une essence à croissance juvénile dynamique, capable de se reproduire sous lui-même. Cela ne permet pas de le considérer comme espèce invasive. Par contre, l’étude a permis d’illustrer sa très faible propension à progresser dans l’espace et dans le temps en colonisant des peuplements fermés constitués d’espèces spontanées.

Néanmoins, quelques facteurs déclenchent ou favorisent le comportement colonisateur du robinier :

  • Les milieux ouverts générés par des coupes fortes de robiniers favorisent en effet son développement abondant par rejets et drageons. Cependant, son caractère héliophile empêche la colonisation du milieu forestier qui est relativement fermé.
  • Les stations exposées à la sécheresse et à la chaleur pourraient être plus sensibles à l’expression de ce trait colonisateur (peu d’essences peuvent le concurrencer dans ces conditions). Les sols sableux sont particulièrement concernés.

Quelques précautions

  • Planter le robinier en peuplement mélangé semble aussi être approprié (concurrence).
  • Il est nécessaire de limiter les coupes brutales de mise en lumière à proximité immédiate d’un peuplement de robinier. En l’absence de milieu trop ouvert (coupe forte) à proximité des peuplements de robiniers, il y a peu de craintes à avoir quant à un développement non maitrisé.
  • Comme dit en introduction, le modèle se veut durable. Nous ne préconiserons donc pas cette espèce sur des sites à enjeux de biodiversité élevés nécessitant de garder un milieu ouvert. Si la fermeture du milieu est recherchée, il s’agira de réaliser une plantation en essences mélangées permettant de le concurrencer. Des essences plus ombrageantes que lui (érable par exemple) plantées en périphérie permettraient de le contenir.
  • Pour limiter ce trait colonisateur et favoriser la biodiversité, éclaircir régulièrement les peuplements au profit des plus beaux individus est conseillé. Cela favorisera l’installation en sous étage d’essences post pionnières.
  • Enfin, il s’agira d’éviter les plantations dans les stations présentant des conditions favorables au drageonnage : sol sec, exposition chaude, secteur pluviométrique déficitaire, ou à proximité immédiate de lisières en plaine.

Quel débouché ?

Les bois de premières éclaircies trouvent des débouchés dans la fabrication de piquets de clôtures, déchalas pour vignes, tuteurs, bois de chauffage (pouvoir calorifique élevé par unité de volume), manches d’outils, fabrication de véhicules en bois (chariots, charrettes, brouettes…).

Lorsque les arbres atteignent 30 à 40 cm de diamètre, grâce à ses caractéristiques mécaniques et esthétiques, il est possible de les valoriser pour les usages plus nobles : la fabrication d’éléments de structure, de meubles, de parquets, charpentes en lamellé collé, tonnellerie, panneaux à particules, menuiseries extérieures, terrasses, mobilier de jardin.

Et chez nous, en Wallonie ?

La ressource est limitée et surtout mal connue. Il n’y a que peu de débouchés locaux actuellement (les scieries ne sont pas équipées pour scier un bois aussi dur). Dès lors, nous importons du bois des pays de l’Est. En revanche, la demande est forte concernant les produits finis.

Notons toutefois la présence de la scierie RESPECTABLE qui s'approvisionne en robinier importé du Jura. Cette entreprise a été sensibilisée à l'utilisation de ressources locales. Le cantonnement de Mons, par exemple, possède une importante ressource (le Bois d’Havré et la commune de Colfontaine notamment).

Conclusion

En Wallonie, on ne recense aucune exploitation forestière spécifique pour cette espèce, à l’exception de quelques peuplements.

Son utilisation se limite malheureusement à la stabilisation de talus ou comme arbre d’ornement.

Néanmoins, ne peut-on pas faire l’hypothèse d’une production sur site marginal, en complément à la production en forêt qui est limitée ? Et cela en identifiant en amont les caractéristiques du site et en respectant les précautions d’usage. Cela contribuerait à augmenter l’offre de bois de robinier sur le marché belge.

A lire également :
Sources
  • Le robinier, Faux-acacia. Entretenir sa forêt, fiche technique – CNPF, Forêts de France, décembre 2015.
  • Le robinier, une espèce envahissante ? – CRPF de Bourgogne, Novembre 2014.
  • Le robinier Faux-Acacia en Wallonie : utopie ou réalité ? – Forêt wallonne n°67, 2003.
  • Le point sur la place du robinier en Hongrie – Forêt wallonne n°67, 2003. Le robinier – Journée SRFB, 29 mars 2017.
  • Le robinier faux acacia, dynamique des populations en Nord Pas de Calais Picardie – CNPF, 2015.

[1] Consensus établi grâce à la considération des préconisations établies suite à une étude sur la dynamique des populations du robinier en Nord Pas de Calais-Picardie (NPCP).

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