L’aspect financier : une étape clé dans le montage d’un projet de biométhanisation

Analyse
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Photos ©ValBiom

Le 22 novembre dernier, l’unité de biométhanisation d’Ochain (600 kWél) a fait l’objet d’une visite de terrain organisée par ValBiom. L’objectif de cette visite : brosser les points d’attention pour qu’un dossier financier puisse être recevable et offrir un maximum d’informations aux (futurs) porteurs de projet afin qu’ils puissent passer à l’action en connaissance de cause.

Compte-rendu de la visite du 22 novembre, accès aux présentations et éclairage avec la banque qui a financé en partie le projet d’Ochain Energie.

Les conditions à réunir pour préparer son dossier de financement

En 2015 (4 ans après le début de la réflexion), BNP Paribas Fortis est la seule banque qui – sous certaines conditions – a accepté de suivre Grégory Racelle pour le financement de son projet.

Un an après l’inauguration du projet, voici le témoignage de deux représentants chez BNP : Quentin Nerincx, Conseiller en Énergies Renouvelables et Pierre Bonhiver, Conseiller Banque des Entrepreneurs Expert Agricole.

D’entrée de jeu, l’une des recommandations principales faites par les banquiers est la suivante : dès la conception de son projet, le porteur doit contacter ses futurs financeurs.

« Anticiper ses démarches est la clé pour un financement optimal de son projet et un bon suivi du dossier. »

  1. L’importance du type de l’installation

Après avoir financé plusieurs projets de ce type, Quentin Nerincx et Pierre Bonhiver constatent que le financement dépendra notamment de la taille de l’unité et de la technique utilisée. Ils soulignent que les installations de taille moyenne qui font appel à des ressources locales (proximité des intrants) auront en général plus de chance que les petites ou grosses installations.

Quentin Nerincx précise : 

« Nous observons un optimum en terme de gain d’échelle et d’approvisionnement local des intrants. Celui-ci se situe, selon nos observations, entre 600 et 1.200 kWél. (...) Mais cela ne veut pas dire que des installations plus petites ou plus grandes ne seront pas financées. Les petits installations sont peut-être, en termes relatifs, plus coûteuses, mais elles compensent cela par plus de possibilité de valorisation de la chaleur et d’autoconsommation électrique. Les plus grandes installations sont quant à elles, en général, gérées par des parties expérimentées. »

  1. L’importance des fonds propres et des subsides

« En général, les projets qu’on finance actuellement sont financés entre 50 et 60 %, le reste étant assuré par des subsides (en général entre 10 et 20 % du coût total du projet) et des fonds propres. »

Pour le projet d’Ochain, par exemple, le capital de base représentait déjà près du quart du coût total du projet. La subvention UDE équivalait à un quart du coût total environ. Le restant a donc été apporté par les crédits d’investissement (BNP et Meusinvest) et des prêts subordonnés (Amis d’Ochain).

  1. Des exigences vis-à-vis des fournisseurs !

Parmi les contraintes, la banque souhaite également des garanties des fournisseurs :

« On va exiger des fournisseurs des solutions techniques et des garanties engageantes. S’ils ne sont pas capables de le faire, on ne pourra pas suivre le projet. Cette approche peut sembler restrictive mais elle est dans l’intérêt de toutes les parties. »

Par exemple, si vous avez un contrat avec un fournisseur technique qui a un bilan bancaire très faible ou qui est insolvable ou si – en cas de panne de votre installation – votre technicien ne peut vous assurer une intervention dans les 24 heures, la banque sera plus prudente.

  1. Des garanties annexes

Par garanties annexes, on parle notamment : des hypothèques sur le site de l’exploitation,  des implications personnelles des principaux actionnaires, des contrats avec les agriculteurs pour la fourniture d’intrants, etc. Mais aussi d’un contrat clair avec le fournisseur d’électricité.

« En effet, quand on sait que le gros du chiffre d’affaires d’une installation c’est l’électricité produite et les certificats verts, sans contrat au préalable avec son fournisseur d’électricité (mentionnant un montant et une durée), la banque n’octroiera aucun prêt. »

Ces dernières années, BNP constate aussi que de plus en plus de porteurs de projet font appel à un nutritionniste professionnel afin d’avoir des connaissances précises sur leurs unités en matière de biochimie, toxicités des nutriments, production de biogaz des produits et sous-produits alimentaires, besoins nutritionnels des digesteurs, etc.

Cet aspect-là pèsera donc également dans la balance et influencera positivement le choix d’une banque.

  1. Un crédit de max. 10-12 ans

Au niveau du financement, BNP s’engage sur des crédits de maximum 10-12 ans pour ce type de projet dit « risqué » :

« Cela peut sembler court mais, d’une part, on doit tenir compte de la législation et des conditions de marché qui changent rapidement,  d’autre part, on doit aussi penser que le porteur de projet devra faire d’autres investissements dans le temps. »

En effet, il ne faut pas négliger les coûts des développements supplémentaires (ex. : changement du moteur, infrastructures ou activités annexes, etc.).

Pour conclure, les intervenants soulignent que « même si de nombreux freins subsistent, la filière biométhanisation intéresse de plus en plus le secteur bancaire. » Ils insistent également sur le fait que chaque dossier est différent et qu’il sera traité au cas par cas. Une bonne raison donc de ne pas baisser les bras et de mettre toutes les chances de son côté en présentant un dossier solide.

Les étapes clés du montage du dossier d’Ochain

Pour venir à bout du projet, plusieurs années auront été nécessaires et de nombreux acteurs ont du se mettre autour de la table. Entre 2011 et aujourd’hui, voici les principales étapes du projet avec un tournant majeur en 2016 :

  • 2011: étude territoriale du GAL Pays des Condruses
  • 2013 : dépôt du permis et constitution d’Ochain Énergie SPRL
  • 2014: octroi du permis, réservation des certificats verts et recherche de différents actionnaires
  • 2015 : recherche de différents actionnaires (collaboration avec Condroz Énergies Citoyennes, Émissions zéro et CORETEC)
  • 2015-2016 : le projet a ses partenaires financiers (BNP Paribas Fortis, Meusinvest et prêts subordonnés via « Les Amis d’Ochain ») – Total des investissements : près de € 5 millions.
  • 2016 : année capitale pour le projet !
    • Ochain Énergie SPRL devient une SCRL
    • Accord global entre BNP – Meusinvest – Ochain Énergie
    • Augmentation du capital (4 coopérateurs : Grégory Racelle, Émissions Zéro scrl, Condroz Énergies Citoyennes scrl, CORETEC Engineering SA)
    • Juillet 2016 : début du chantier - 16 mois de travaux
  • A partir de juillet 2017 : production d’énergie

Aujourd’hui, l'unité de cogénération permet de produire de la chaleur et de l’électricité à partir de la valorisation de déchets organiques issus des fermes environnantes. Elle permet de produire en électricité l'équivalent de 1.500 foyers (consommation moyenne de 3.500 kWh/an). La mise en place d'un réseau de chaleur permet de chauffer le Château-home voisin.

Outre cela, le projet permet également une économie de plus de 4.000 tonnes de CO2 par an en évitant l'achat d'engrais dont la production émet de grandes quantités de gaz à effet de serre (CO2 et N2O). Quant à la provenance des intrants ; il s’agit de déchets agricoles collectés dans un rayon de maximum 10 km et de maïs collectés dans un rayon maximum de 20 km.

Le message du porteur de projet

« La filière biométhanisation doit grandir et doit être portée par des gens qui y croient corps et âme. Elle mérite une meilleure attention du public et une stabilité d’un point de vue des décisions politiques, notamment par rapport à la politique des certificats verts. » Grégory Racelle, technicien agricole et porteur du projet.

L’accès aux présentations – 22.11.2018

Le projet d’Ochain : descriptif

Pour en savoir plus sur l’unité, son fonctionnement, son descriptif technique et ses acteurs, consultez nos publications :

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