La Belgique, terre propice pour le développement du biométhane

Analyse
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Afin de promouvoir et stimuler l’utilisation du gaz vert[1] en Belgique, ValBiom, Biogas-E[2] et Gas.be[3] se sont unis autour d’une initiative inédite : la Green Gas Platform. Le défi des (futurs) membres de cette plate-forme consistera à mettre en place des soutiens adéquats, qui tiendront compte des avantages économiques et sociétaux du biogaz. Avec ce futur cadre réglementaire et incitatif stable, les acteurs du secteur souhaitent, d’ici 2050, multiplier les nouveaux projets de valorisation du biogaz en Flandre et en Wallonie !

Retour sur la conférence de presse inaugurale du 28 juin 2019 où étaient présents des représentants de Fluxys, European Biogas Association (EBA), IGEAN milieu & veiligheid, ainsi que Jérôme Breton (Biogaz du Bois d’Armelle).

Activons le marché du biogaz belge !

D’après Matthieu Schmitt, chef de projet biométhanisation chez ValBiom et auteur d’une étude inédite portant sur « Le potentiel du biométhane en Belgique et les potentialités d’utiliser le biométhane en substitution du gaz fossile à l’horizon 2030 et 2050 », le potentiel de biogaz existant en Belgique est largement sous exploité.

« Aujourd’hui nous exploitons environ 10 % du potentiel mais si nous utilisons tous les flux de biomasse disponibles en Belgique, nous atteindrons une production de 15,6 TWh par an, soit 74 % du chemin à parcourir par la Belgique entre 2020 et 2030 en termes d’énergie renouvelable (…). », explique Matthieu Schmitt (ValBiom).

En Wallonie plus précisément, le gisement pourrait représenter plus de 40 % du gaz de distribution. Quand on sait que le taux actuel d’utilisation de ce gisement est évalué entre 5 et 10 % environ, on peut aisément se rendre compte des opportunités existantes.

Pourquoi valoriser le biogaz ?

Le biogaz peut être valorisé soit en électricité et chaleur via des modules de cogénération, soit être épuré en biométhane pour être, par exemple, injecté dans les réseaux de gaz naturel existants. Alors que la cogénération offre un rendement théorique cumulé de 85 % environ, les retours de terrain démontrent que l’on excède rarement les 70 % à l’utilisation, voire moins de 60 %.

En comparaison, l’injection de biométhane dans les réseaux gaziers permet de valoriser plus de 90 % de l’énergie produite.

Argument ultime : le gaz peut être stocké en grande quantité pour faire face à l’intermittence des énergies éoliennes et solaires, devenant ainsi leur partenaire de choix.

D’après l’étude commandée par Gas.be à ValBiom, plus de 70 % du potentiel peut être injecté dans le réseau de distribution existant grâce, d’une part, à la présence de canalisations proches et, d’autre part, à une capacité d’accueil suffisante.

« Aujourd’hui, le potentiel est disponible et on dispose d’une bonne maturité technologique, » note Matthieu Schmitt (ValBiom).

Et cette fraction ne peut qu’augmenter en considérant d’autres options techniques comme l’injection directe dans le réseau de transport, le rebours (recompression du gaz du réseau de distribution vers le réseau de transport) ou encore en incluant une transportabilité accrue des intrants ou même du gaz lui-même (« gaz porté »).

A noter : Ce chiffre de 70 % est significativement plus élevé que les estimations pour la France ou pour l’Europe, s’expliquant notamment par la forte couverture du territoire en gaz naturel.

La nécessité d’un cadre réglementaire et incitatif stable !

Pour atteindre ses objectifs en termes de réduction de gaz à effet de serre (GES) ainsi qu’en termes de part d’énergies renouvelables, la Belgique a les cartes en main pour faire du biogaz un allié important dans cette transition. Celui-ci peut représenter plus de 80 % du chemin à parcourir entre 2020 et 2030 sur chacun des 2 objectifs, démontrant ainsi l’importance de sa prise en compte.

Cependant, Matthieu Schmitt (ValBiom) insiste : « S’il existe actuellement différents mécanismes de soutien dans plusieurs pays européens, il est indispensable – dans le futur – d’avoir un cadre long terme qui ne soit pas soumis à des agendas politiques changeants. »

L’agriculture, via la biométhanisation, a un grand rôle à jouer

Suite à son étude, Matthieu Schmitt (ValBiom) conclut également qu’une importance capitale doit être donnée au secteur agricole. Ce dernier doit être impliqué puisqu’il détient 80 % du potentiel (dont 37 % pour les CIVEs[4], 29 % pour les coproduits de cultures, 11 % pour les effluents d’élevages...). Il précise également que les effluents d’élevages (lisiers et fumiers), de par leur voie de stockage, sont déjà un émetteur de GES important. Leur valorisation par biométhanisation est donc doublement bénéfique.

Rappelons également que le second produit de la biométhanisation, le digestat (fraction organique stable qui reste après la fermentation) est lui aussi un allié des agriculteurs car il constitue un engrais biologique et une alternative à l’usage des engrais artificiels.

Selon Matthieu Schmitt (ValBiom), la biométhanisation et le biogaz représentent le pivot central de l’agriculture, devenant l’un des éléments-clés de la future économie circulaire du monde rural. Connue pour ses nombreuses externalités positives, la biométhanisation apportera de la résilience aux exploitations agricoles, notamment en besoin de diversification, tout en contribuant de manière importante au restockage de carbone dans les sols et au recyclage de nombreux résidus.

A cela, Matthieu Schmitt (ValBiom) et Sam Tessens (Biogas-E) ajoutent que les retombées économiques du biogaz ne sont pas à négliger ! En effet, une part importante (2/3) du coût de l’énergie produite est constituée des coûts d’exploitation (maintenance, intrants, personnel...). Concrètement, le biogaz pourrait donc générer de nombreux emplois non-délocalisables.

Plus d’infos ?
  • [Communiqué de presse] Le gaz renouvelable peut contribuer à la réalisation des objectifs climatiques de la Belgique - ValBiom, Biogas-E, Gas.be, 28.06.2019
  • [Brochure] Pourquoi le biogaz est essentiel dans une société bas carbone ! – ValBiom 12.06.2019
  • Disponible sur demande : Etude sur le potentiel du biométhane en Belgique et les potentialités d’utiliser le biométhane en substitution du gaz fossile à l’horizon 2030 et 2050 – Financée par Gas.be

[1] Le gaz vert est un gaz d’origine renouvelable, tel le biogaz mais aussi l’hydrogène vert et le gaz synthétique.

[2] Plateforme de connaissances dans le domaine de la biométhanisation en Flandre et oeuvre pour un développement durable de la filière biogaz et biométhane.

[3] Représente les gestionnaires belges de transport et de distribution du gaz naturel et promeut le gaz vert comme une solution-clé pour un futur bas carbone.

[4] CIVEs : Cultures Intermédiaires à Vocation Energétique.

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