Financement de projets biomasse : nouvelle dynamique !

Télécharger

Le 24 janvier dernier, ValBiom organisait une table ronde autour d’une thématique méconnue et pourtant cruciale : le financement de projets biomasse. L’objectif : réunir des banques et des coopératives actives dans le secteur pour confronter leurs expériences, leurs compétences et leurs idées en vue de faciliter la mise en place de projets et leur assurer un suivi optimum. Cette rencontre, appelée « Midi de la Biomasse », a permis de soulever des questions, rencontrer des attentes, mais surtout d’ouvrir de nouvelles pistes d’action pour 2017. Compte-rendu.

L’analyse des banques : solvabilité, éthique et durabilité

De manière générale, les banques présentes autour de la table s’accordent pour dire que – pour être financé – un projet biomasse doit trouver le juste équilibre entre solvabilité, éthique et durabilité. Plus précisément, l’investisseur prêtera attention à quatre éléments majeurs.

D’abord, l’analyse de risques qui consiste à identifier et étudier l’ensemble des facteurs financiers, opérationnels et techniques du projet. Thierry Blanpain (manager chez Belfius) rappelle que la base de l’octroi d’un crédit repose sur sa capacité à être remboursé. Cela, même si le projet se passe mal.

Ensuite, apporter une plus-value au dossier de financement en y ajoutant un historique de projets similaires déjà développés et en l’alimentant de statistiques sur la valeur des actifs de ce type de projets (équipement nécessaire, permis requis, etc.).

Concernant ce point d’attention, les intervenants – tant banquiers que coopératives – constatent qu’il est difficile d’obtenir ce genre d’information au vu de la relative « jeunesse » des projets biomasse. Du côté d’ING, on ajoute qu’un dossier de financement accompagné d’un bon ROI (NdR : mesure de l'efficacité d'un investissement) aura plus de chance d’aboutir.

Le troisième élément d’importance est la manière de communiquer oralement et par écrit sur son projet. En effet, il y a plus de chance qu’une banque valide un projet si celui-ci est compréhensible : c’est-à-dire si son objectif, ses choix, ses atouts et limites, ainsi que son volet juridique sont bien identifiés.

Enfin, les deux derniers éléments évalués seront les aspects d’éthique et de durabilité. De plus en plus, les banques se demandent si le projet répond aux besoins présents et locaux, s’il respecte la collectivité et s’il sera bénéfique pour les générations futures.

Pour les coopératives, c’est l’humain avant tout

Globalement, on remarque qu’il y a une différence de raisonnement et d’analyse de risques entre les coopératives et le secteur de la finance. Coopeos (organisme actif dans le bois-énergie local et la performance énergétique) distingue d’une part, une approche bancaire axée sur la solvabilité et, d’autre part, une approche des coopératives davantage tournée vers le social et le local.

Selon la coopérative Nosse Moulin (active dans le secteur des énergies renouvelables), l’évaluation positive d’un projet dépendra surtout de sa capacité à rencontrer une finalité sociale

et environnementale. Le projet doit donc tenir compte de toutes les externalités positives et négatives : approvisionnement local, débouchés, déchets, étude d’émission de gaz à effet de serre (CO2), etc.

Du côté d’Enbosco (organisme de conseils techniques et financiers pour des projets énergétiques), on insiste aussi sur l’importance d’adapter l’argumentaire de son projet en fonction de son interlocuteur, qu’il soit décideur politique ou investisseur. De par leur complexité et leur manque de recul historique, les projets biomasse exigent que l’on soigne leur communication : les mots doivent être choisis en fonction de la personne qui prendra connaissance du dossier.

L’expertise de ValBiom

ValBiom joue un rôle central dans la mise en place du projet biomasse et de son évolution. L’objectif de l’asbl est de conseiller le porteur du projet afin de l’orienter vers un optimum technique (risques industriels ou opérationnels) : l’équipe recadre, oriente et intervient sur le terrain.

Il est certain qu’entre une première ébauche de dossier, sa rédaction finale et sa mise en oeuvre, le projet sera amené à évoluer.

Pistes d’actions

Lors des échanges, tout le monde a souligné l’importance de traiter les financements des projets au cas par cas.

Parmi les idées positives évoquées, il y a une volonté commune de s’entendre sur les points à développer dans le dossier de financement. Notamment, via la réalisation – pour chaque projet – d’un executive summary ; c’est-à-dire une synthèse de présentation du projet qui rassemblerait l’ensemble des éléments cités plus haut : risques, historique, valeurs des actifs, impacts sociaux et environnementaux... Cela, tout en tenant compte de l’interlocuteur (acteur public ou privé) : le vocable du banquier n’est pas le même que celui d’un ingénieur ni que celui du citoyen. Notons que cette synthèse sera parfois l’unique document réellement lu.

Les banques insistent également sur la nécessité de développer des dossiers de présentations complets avec un business plan, c’est-à-dire un plan détaillé de la valeur des actifs et du coût matériel du projet (silo, vis sans fin, torchère…).

Enfin, on suggère la mise en commun des questions des différents secteurs dans une liste appelée FAQ. Celle-ci serait alimentée par le secteur financier, les coopératives et l’équipe de ValBiom avec pour objectif d’être largement diffusée pour éviter toute mésinformation et/ou détournement de l’information.

À garder en tête

Outre ces pistes d’action, Marc Installé de la coopérative Emissions Zéro évoque également le fait que deux inconnues pèsent sur le financement actuel des projets biomasse: la future politique des certificats verts et le futur approvisionnement en combustible.

À son tour, Francis Flahaux (Facilitateur bois à la Fondation Rurale de Wallonie, FRW) évoque un autre élément d’attention : la variabilité des investissements des projets bois-énergie (par gamme de puissance et par type d’utilisateur : privés, tertiaire, entreprise…) est nettement plus importante que pour les autres technologies renouvelables.

Le mot de la fin

On le constate, les banques et coopératives (ou d’autres organismes financiers) représentent des acteurs incontournables dans la concrétisation de projets biomasse. En augmentant les synergies entre ValBiom et ces investisseurs, et en identifiant les lacunes dans la soumission d’un dossier financier, davantage de projets biomasse pourront voir le jour. À noter qu’en 2015, 61 projets ont été encadrés par l’équipe de ValBiom.

Ce 1er évènement de l’année sur le financement de projets biomasse a donc enclenché une nouvelle dynamique pour les porteurs de projets, les ingénieurs, le secteur bancaire et les diverses coopératives actives dans le secteur énergétique.

Abonnement

CAPTCHA
This question is for testing whether or not you are a human visitor and to prevent automated spam submissions.