Entretien : Biogaz du Haut Geer, une unité en plein déploiement

Entretien

Après cinq années de fonctionnement, l’unité de biométhanisation Biogaz du Haut Geer n’a pas fini d’évoluer et de se diversifier.

Gaétan de Seny, administrateur délégué de l’unité, nous dresse un compte-rendu des principaux objectifs de développement de la coopérative qui pilote le projet :

1. Améliorer la récupération des sous-produits agricoles

« C’est un des objectifs de la coopérative que de pouvoir récupérer – par exemple – les engrais verts,  les secondes cultures, les fanes de pois, les feuilles de betteraves…. Il y a beaucoup de possibilités mais il faut avant tout que la quantité soit suffisante pour permettre aux entreprises agricoles d’investir dans le matériel. Il faut ensuite que des entreprises se lancent et prennent des risques. » G. de Seny

2. Augmenter la production de biogaz par une optimalisation de la gestion technique et biologique

« Mieux les bactéries vont se comporter dans le digesteur, plus la production de gaz sera optimisée. Depuis la mise en route de l’installation, on constate que, chaque année, on augmente la production de biogaz par tonne de matière fraiche. Après cinq ans, notre maîtrise des aspects techniques et biologiques s’est nettement améliorée et nous nous faisons aider par un nutritionniste. » G. de Seny

3. Agréer le digestat comme amendement en agriculture Bio

« Cela fait aujourd’hui un an et demi que nous menons ce combat. Lorsqu’on aura notre agrément, on pourra vendre notre digestat à un prix correct. Il représenterait un revenu et non plus un coût. On pourra donc mieux se développer dans la région. » G. de Seny

4. Mettre en place un système d’épuration du biogaz pour l’injecter dans le réseau de gaz naturel et alimenter des cogénérations décentralisées

« Nous avions introduit une demande de permis pour construire des digesteurs supplémentaires. Notre objectif étant d’augmenter les capacités de production de gaz et de réorganiser un peu les installations sachant qu’il y a un réseau de gaz qui passe en-dessous. Aujourd’hui, nous possédons le permis pour nous agrandir. Malheureusement, la législation (Ndlr : relative à l'injection de biométhane est actuellement en cours de révision) ne nous donne pas droit au prix garanti pour la production de biométhane sur le réseau (Ndlr : le prix de rachat du gaz garanti est l’un des moyen de soutien prévu, le soutien principal devrait venir des garanties d’origine du gaz. Le texte étant en cours de préparation, il reste sujet à modification). » G. de Seny

5. Utiliser le biogaz épuré pour alimenter une station CNG (Compressed Natural Gas) sur le zoning voisin de la SPI +

« Nous avons réservé une parcelle sur le zoning voisin et sommes actuellement en pourparlers pour y installer deux pompes CNG. Notre rêve serait que les habitants de la commune de Geer viennent nous déposer leurs tontes de pelouse (Ndlr : elles seraient récupérées puis transformées en énergie) et qu’ils passent ensuite par la station CNG voisine pour faire le plein de ce carburant pour leur voiture. Techniquement c’est faisable mais juridiquement, c’est bien plus compliqué. » G. de Seny

6. Améliorer le traitement du digestat avec cendres de chaudière au bois

« Depuis quelques temps, on commercialise nos plaquettes de bois et on tente de promouvoir le développement des chaudières à plaquettes. Le problème de ces chaudières, c’est qu’actuellement leurs cendres sont considérées comme un déchet à éliminer en décharge. Etant considéré comme un déchet, on ne peut les utiliser comme amendement agricole. Or, nous voudrions pouvoir les récupérer et les mélanger au digestat, pour améliorer sa séparation de phase. Dans ce sens, nous avons introduit une demande auprès de l’Office wallon des déchets et auprès de l’Administration wallonne pour pouvoir récupérer les cendres des chaudières à plaquettes. » G. de Seny

7. Mettre en place un système d’extraction moléculaire sur produits agricoles pour compléments alimentaires

« L’extraction moléculaire consiste à retirer de certaines matières premières des molécules qui peuvent être utilisées en compléments alimentaires par la suite. (…)  Nous avons introduit un dossier auprès de la Région wallonne pour mettre en place ce type d’extraction sur le maïs et sur les fanes de pois. L’objectif est d’essayer d’optimaliser l’utilisation des produits agricoles. Le projet a été accepté. Et 150.000 euros d’investissement sont aujourd’hui nécessaires pour la mise en place des extracteurs. » G. de Seny

8. Développer d’autres projets de biométhanisation

« Selon moi, il faut profiter de l’expérience acquise dans la mise en place de notre unité pour créer d’autres installations de ce type. Pour l’instant, la coopérative travaille sur un autre projet dans une commune voisine. » G. de Seny

Outre les objectifs cités ci-dessus, Gaétan de Seny a également fait part de la volonté de : développer le réseau chaleur biomasse de la commune, rechercher des matières premières à valeur financière positive et augmenter la vente de briquettes de bois de la coopérative.

Une équipe rôdée

Aux commandes de la centrale, Gaétan de Seny est un homme qui ne manque pas de ressources. Pour faire tourner son site, il peut compter sur une équipe de sept équivalents temps-plein aux compétences variées et quelques sous-traitants. La force de son projet : il est basé sur une coopérative de 32 agriculteurs de la région, six particuliers et six entreprises dont Hesbaye Frost. En 2015, le travail et la persévérance  de chacun sont récompensés : l’unité connait sa première année financière positive.

Ces propos ont été recueillis lors d’une visite de l’unité le 22 février 2017.

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