Biobasé vs Pétrosourcé : quelles seront les sources carbone de notre économie demain ?

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Le 16 mai dernier, lors de son Assemblée Générale annuelle, ValBiom a mobilisé une centaine de personnes[1] autour d’une problématique captivante : la place du biobasé dans la chimie de demain. Et, plus largement, le développement de la bioéconomie en Europe et Wallonie.

Quels sont les principaux éléments à retenir des échanges et les principales conclusions tirées par ValBiom au terme de cette soirée-débat ? Compte-rendu.

3 orateurs, 3 points de vue

La tribune se composait de trois orateurs : Jonathan Guévorts (consultant ValBiom), Fabian Scuvie (conseiller R&D chez essenscia) et Philippe Mengal (Directeur exécutif du Bio-Based Industries Joint Undertaking - BBI JU).

Voir présentations ci-dessous.

Chimie et agriculture : deux mondes à rassembler 

Au-delà de l’intervention des orateurs, le Cabinet du Ministre de l’Agriculture, René Collin – représenté par Ann-Gaëlle Franck – a confirmé son intérêt pour le développement de l'industrie biobasée en Wallonie.

« S’il est bien un concept innovant et prometteur pour nos exploitations agricoles c’est celui de produire la matière première, destinée à la chimie dite ‘verte’. Que cette matière d’origine agricole soit destinée à la fabrication de fibres ou de molécules à haute valeur ajoutée, elle doit / devra répondre aux besoins de nos industries. (…) La valorisation de la biomasse doit faire partie de la réflexion, aujourd’hui et demain. » Ann-Gaëlle Franck, attachée à la cellule Agriculture du Cabinet du Ministre René Collin.

« Industries chimiques et agriculture : comment ces deux secteurs distincts (…) peuvent-ils se rejoindre ? L’agriculture peut-elle être renforcée par le secteur chimique ou, au contraire, ce dernier peut-il se développer durablement grâce à notre production agricole ? (…) Ces deux mondes (…) œuvrent sur le même terrain : en faveur du développement durable. Ce développement – rappelons-le – passe par trois piliers indissociables que sont 1) la rentabilité économique, 2) le bien-être social et 3) le respect de l’environnement. »

Ann-Gaëlle Franck a aussi rappelé qu’en Wallonie, « nous avons la chance d’avoir des surfaces agricoles au rendement élevé et des matières premières facilement mobilisables. Il est important que nous puissions valoriser au mieux ce potentiel de production. La vocation nourricière de notre agriculture est toujours primordiale, mais nous devons maintenant intégrer la multiplicité des rôles et fonctions portés par cette agriculture : la production de haute valeur ajoutée et autres valorisations (sans oublier la production d’énergie, à travers la biométhanisation par exemple) doivent faire partie intégrante de l’équation, de notre réflexion. »

Ann-Gaëlle Franck a également souligné l’importance de la mise en place d’une stratégie pour le développement de la filière biométhanisation[2]. De même, elle a insisté sur l’importance de la diversification de la filière bois-énergie et sur la gestion optimisée des co-produits en industries (cogénération, secteur papetier, etc.).

La biomasse, une source de carbone pour la chimie de demain

Bien que la chimie de demain ne sera pas totalement issue de la biomasse, la chimie biobasée ouvre la voie à une diversité de nouveaux produits et de nouvelles fonctionnalités. De plus, elle permet de répondre à des enjeux environnementaux et de limiter la dépendance à l’importation de ressources telles que le pétrole.

"L'avenir de la pétrochimie ne serait pas remis en cause si on n'avait pas cette épée de damoclès qu'est le climat." Fabian Scuvie, essenscia.

Que retenir des échanges ?

  • L’économie biobasée ne rentre pas en contradiction avec la production alimentaire mais au contraire elle se veut complémentaire.
  • L’économie biobasée constitue :
    1. une opportunité pour créer de la valeur ajoutée ;
    2. une source de diversification des revenus pour les agriculteurs et les entreprises actives dans le domaine de la chimie.
  • Comme expliqué par Philippe Mengal (BBI JU), le secteur de l’économie biobasée est en croissance : « En Europe, la partie non-alimentaire de la bioéconomie représente déjà 3,7 millions d’emplois et près de 700 milliards d’euros de chiffre d’affaires. »
  • Comme indiqué par Fabian Scuvie : « La chimie constitue une alliée indispensable pour une société bas-carbone »

Certes, de nombreux freins doivent encore être levés (techniques, économiques et réglementaires), mais des leviers existent déjà ! Citons par exemple la « stratégie pour une bioéconomie » mise en œuvre par l’UE ou encore l’initiative globale du BBI (€ 3,7 milliards d’nvestissement dans l'innovation biosourcée (2014-2020) ; € 975 millions de fonds européens (Horizon 2020) et € 2,7 milliards d'investissements privés (25 % UE / 75% BIC). Ces actions représentent des atouts indéniables pour le bon développement de la bioéconomie dans nos régions. 

Bien entendu, ces initiatives européennes doivent aujourd’hui être complétées par des stratégies régionales et/ou nationales ambitieuses, traduites en plans d’actions concrets.

En Wallonie, nous pouvons déjà compter sur de nombreux atouts (ressources, industries, etc.) et sur des acteurs qui œuvrent – ensemble – en faveur d’un cadre stable qui permettra la mise en place d’une économie biobasée compétitive chez nous. Les dialogues actuels au sein de l’initiative Coq vert (regroupant ValBiom, GreenWin, essenscia, Awex, OEBW et Wagralim) vont dans ce sens.

Les messages de ValBiom

Nous pouvons donc conclure que la chimie biobasée a un bel avenir devant elle, notamment en Wallonie. A condition, bien sûr, de fournir d’importants efforts en matière de :

  1. Sensibilisation des consommateurs.[3]
  2. Mobilisation des industriels.
  3. Soutien politique.

Galerie photos ©ValBiom


[1] Anciens et nouveaux membres, porteurs de projet biomasse, partenaires et membres de l’Administration.

[2] Stratégie rédigée par ValBiom qui sera présentée en juin 2018.

[3] "Il est crucial de développer la sensibilité aux produits biosourcés." Jonathan Guévorts, consultant Valbiom. Et à Philippe Mengal d’ajouter que "Ce qui va permettre l'émergence de l'économie biobasée, c'est son intégration dans un projet de société."

A lire / voir également :

  • Article : Interview de Philippe Mengal : D’une économie pétrosourcée à une économie biobasée une transition réaliste en Wallonie ?
  • Vidéo : Economie biobasée : 3 questions à Philippe Mengal, directeur exécutif du BBI JU.
  • Analyse ValBiom : Quelles sources de carbone pour la chimie de demain ? Enjeux et contraintes liés à la biomasse comme alternative aux ressources fossiles – Jonathan Guévorts, consultant ValBiom – Mai 2018
  • Analyse : European Bioeconomy in Figures 2008-2015 – Dr. Stephan Piotrowski, Michael Carus (nova-Institut), Dr. Dirk Carrez (BIC) – BBI Consortium, Février 2018

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