Analyse : La production de biomasse végétale dans une Europe en transition

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Tous les scénarios de transition énergétique et économique convergent : il faudra produire durablement plus de biomasse pour espérer atteindre la neutralité carbone à l'horizon 2050. La réduction de consommation d'énergie fossile sera inévitable, que ce soit par choix ou par obligation. Parmi les alternatives aux ressources pétrolières : la biomasse, qu'elle soit source d'énergie (liquide, solide, gazeux, électrique) ou de matériau (construction, molécules). 

Découvrez le compte-rendu des 17e Rencontres (numériques) de la Biomasse, organisées par ValBiom le 20 octobre 2020. 125 participants ont participé à la journée de conférences et de débats et à l'intervention de M. Willy Borsus, Vice-Président de la Wallonie, Ministre de l’Economie, du Commerce extérieur, de la Recherche et de l’Innovation, du Numérique, de l’Agriculture, de l’Aménagement du territoire, de l’IFAPME et des Centres de compétence.

Les Rencontres de la Biomasse

Colloque annuel organisé dans le cadre de la convention cadre de ValBiom visant à développer et structurer les filières de valorisation non alimentaire de biomasses agricoles en tant que matériaux ou combustibles renouvelables. Convention financée par la Wallonie, SPW Agriculture, sous la supervision du Ministre de l’Agriculture.

« Nous allons de plus en plus faire appel à la biomasse pour des usages non-alimentaires. La question est désormais de savoir : comment produire plus tout en respectant nos sols et l’usage alimentaire » Bertrand Auquière, Directeur, ValBiom
 

Les pistes pour rendre plus de biomasse disponible ne sont pas nombreuses. Une des pistes est de mieux valoriser les déchets organiques, bien qu'il s’agisse d'un flux difficilement prévisible et qui s’accompagne d’un objectif de réduction dans les prochaines années. Les deux autres solutions à mettre en place sont l’intensification et l’extensification de la production de biomasse végétale.

  • Intensifier la production signifie produire plus sur les zones productives (agricoles ou forestières) : mettre des plantations lignocellulosiques à haut rendement en zone agricole en valorisant les cultures intermédiaires, en repensant les rotations agricoles pour augmenter leur productivité, en exportant des coproduits agricoles (menues-pailles, fanes...), en valorisant le bois issu de haies, en favorisant l’agroforesterie, en utilisant les rémanents forestiers, en raccourcissant les cycles forestiers, etc.
  • L’extensification, quant à elle, vise à mobiliser des zones non utilisées pour l’instant, comme les zones marginales, et à valoriser les matières issues de l’entretien de zones spécifiques, comme les infrastructures (bords de routes, aéroport…) ou les réserves naturelles.

« Comment mobiliser plus de biomasse dans un contexte de ressources foncières finies ? » interroge Lucas Gossiaux, Chef de projet Production de biomasse, ValBiom
 

Les modèles de production de biomasse

De nombreuses solutions d’augmentation de production de la biomasse existent. Les 17e Rencontres de la Biomasse, le 20 octobre dernier, ont permis d’en exposer quelques-unes.

L’utilisation de culture biomasse sur des sites délaissés, comme les friches contaminées, n’est pas une nouveauté. Des essences sont déjà utilisées dans des buts de phytoremédiation (extraire du sol les contaminants au moyen de plantes) ou de phytostabilisation (empêcher les contaminants de migrer), telles que le saule, le peuplier, ou encore le robinier. Des projets - tels que le projet Interreg New-C-Land - se penchent désormais sur les possibilités de diversification de l’offre végétale compatible avec ces usages, ainsi que les voies de valorisation possibles de ces biomasses ayant extrait ou non certains des contaminants. A ce titre, New-C-Land a permis de développer une cartographie référençant les sites marginaux existants et les utilisateurs de biomasse potentiellement intéressés

Là où les ressources forestières sont difficilement valorisables ou mobilisables pour produire des plaquettes, il y a de la place pour d’autres sources de matière telles que les haies. Dans l’exemple du Parc naturel de l’Avesnois, la filière bois-énergie bocager répond à un triple enjeu : préservation des paysages, autoproduction énergétique, et économie et développement territorial. La dynamique initiale de ce projet est basée sur le secteur agricole, pionnier. Les porteurs de projet se sont ensuite diversifiés, incluant des collectivités qui font désormais partie prenante de la filière bois-énergie locale. La haie peut également être source de biomasse pour d’autres usages que ceux énergétiques : litière d’élevage, paillage horticole, bois raméal fragmenté (BRF), etc.

Repenser les rotations agricoles permet notamment d’implanter des cultures intermédiaires à vocation énergétique (CIVEs) : il s’agit de récolter 3 cultures en 2 ans, voir 2 cultures en 1 an, afin de ne pas concurrencer les usages alimentaires. Cette plantation supplémentaire devra être considérée comme une culture à part entière, notamment du point de vue fertilisation, afin de maximiser sa productivité, tout en limitant les impacts sur la culture suivante, notamment pour l’eau. L’usage sera plutôt orienté vers la biométhanisation. 

« Les CIVES sont des cultures intermédiaires multi-services : cela permet d’ajouter des fonctions économiques et environnementales complémentaires dans les rotations », Sylvain Marsac, Animateur d'équipe Bio-ressources, agroéquipements et services environnementaux, Arvalis
 

Les cultures pérennes sont également une autre source de production. Le Syndicat des Eaux et de l’Assainissement Alsace-Moselle a fait le choix de la silphie, afin de limiter les problématiques de nitrates et de pesticides dans les zones de captage. Cette plante est de la famille des Astéracées : sa floraison s’étend de fin juin à début septembre (période de récolte) et attire de nombreux insectes. Par ailleurs, elle a un système racinaire profond, qui permet de conserver l’azote (et éviter ainsi le lessivage) et le carbone (le bilan humique est stable par hectare et par an, malgré l’export). 

Intégrer ces modèles au sein des territoires

Produire de la biomasse est une chose, mais l’utiliser à bon escient en est une autre. Les exemples présentés montrent qu’une approche territoriale permet le développement des projets intégrés avec des acteurs locaux.

L’entreprise Polybiom en est un bel exemple. Elle valorise 250 hectares de miscanthus, plantés sur des terres en jachère et des terres agricoles non exploitées et a développé trois gammes de produits 100 % biosourcés et 100 % biodégradable en compost domestique : des résines, des colles (pour les emballages) et des enduits (notamment sur le tissu).

Un autre exemple est le choix de remettre la nature en ville dans une métropole ; un projet développé par la ville de Charleroi. Il est possible de tirer parti de ces grandes entités paysagères, de rassembler les espaces de nature de proximité en des projets de paysages productifs répondant à divers enjeux, dont énergétique.

« Faire se rencontrer nature et biomasse à travers des projets mixtes. » Elsa Durand, Conseillère Nature en Ville, Ville de Charleroi
 

Il est possible de combiner enjeux environnementaux et valorisation économique pour l’agriculteur, notamment dans le cas de bandes antiérosives dont la biomasse est récoltée et valorisée (e.a : énergétiquement). D’autres externalités positives se combinent à cette association : bas niveaux d’intrants, aspect biodiversité et séquestration de carbone. Le soutien à ces externalités se fait via la valorisation de la biomasse, économiquement intéressante pour l’agriculteur.

Le mot de la fin : produire, oui, mais durablement !

Tant le type de cultures que les méthodes d’implantations doivent être réfléchies dans leur globalité.

Il est important de penser à la circularité de la production (recyclage du produit fini, valorisation des coproduits, etc.) et à la sobriété. L’intensification et l’extensification ne doivent pas se faire au détriment du système Terre. Des outils peuvent aider dans la réflexion. Par exemple, l’outil Simeos, présenté par Agro-Transfert Ressources et Territoires, qui permet de simuler des rotations culturales et les méthodes agricoles associées, afin de déterminer l’impact sur les sols, et notamment sur le carbone stocké.

Par ailleurs, la notion d'ILUC (impact indirect sur les sols agricoles) a été exposée. Il semble évident que chaque modification de l’espace a des impacts, en termes de place vis-à-vis d’autres cultures. Néanmoins, cet impact ne concerne pas uniquement la production, mais également d’autres usages tels que l'urbanisation, une agriculture bio croissante nécessitant des espaces supplémentaires aux superficies agricoles conventionnelles, etc. Un constat indiscutable : malgré le fait que de nombreux chercheurs sont occupés par le sujet des ILUCs depuis de nombreuses années, il n’y a pas encore d’accord sur la méthodologie à mettre en œuvre sur le terrain. Il en ressort aussi une nécessité de mieux informer les acteurs sur cette notion et son évolution.

De manière générale, les systèmes diversifiés sont plus résistants. C'est également vrai en forêt. En effet, cette dernière représente une source de biomasse bois pour divers usages, mais elle est également victime du changement climatique.

« Nos ressources biomasse ne sont pas infinies, elles doivent être produites et utilisées durablement. Soyons vigilants quant au modèle économique que nous prônons. Ne reproduisons pas les erreurs du passé. Ne suivons pas une économie linéaire que l’on sait létale.La production et l’utilisation durable de la biomasse ne peuvent se faire au détriment du système Terre et ne doivent pas se faire au-delà du plafond environnemental. » Aricia Evlard, Chef de projet Production de biomasse, ValBiom
 

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Article rédigé par Cécile Heneffe et Pierre-Louis Bombeck, ValBiom

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